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La visite de Monseigneur Luis Mariano Montemayor, Nonce apostolique, au Kasaï.
14-09-2017  |  www.uke.be   Partagez

Monseigneur Luis Mariano Montemayor, Nonce apostolique, visite les zones sinistrées du Kasaï en RDC.

Dans une interview accordée à Radio Okapi à la fin de sa visite de cinq jours au Kasaï-Central, le nonce apostolique, Mgr Luis Mariano Montemayor, déclare que le pape François qui comptait effectuer une visite en RDC ne se rendra pas dans ce pays avant l’organisation des élections.

La RDC connaît une crise politique suite à la non-tenue des élections, qui devaient avoir lieu en décembre 2016. Le pouvoir et l’opposition ont signé un accord le 31 décembre 2016 pour cogérer le pays jusqu’à la tenue des élections, prévues avant la fin de cette année.

Au cours de l’entretien, Mgr Montemayor revient également sur sa visite au Kasaï, région du Centre de la RDC qui a connu des violences meurtrières ces derniers mois, faisant plus de 3 000 morts et près d’1,5 millions de déplacés.

Entretien.

Radio Okapi : Vous venez de passer quelques jours au Kasaï-Central, qui a connu de terribles violences meurtrières pendant plusieurs mois. Qu’est-ce qui a retenu votre attention pendant votre visite ?

Mgr Montemayor : Je suis venu ici pour constater moi-même l’état de la situation et les besoins plus urgents. Et je pense que les rencontres que j’ai eues ont été très utiles. Par exemple, j’ai constaté que l’aide humanitaire n’est pas encore arrivée dans la région de Luiza et un peu plus au sud. Ça, c’est grave!

Les violences ont occasionné une grave crise humanitaire. Vous avez d’ailleurs rencontré les organisations humanitaires. Qu’est-ce qui doit être fait en priorité?

La priorité est claire. Il faut faire arriver l’aide d’urgence pour la santé et l’alimentation. J’ai visité cinq centres de nutrition dirigés par les sœurs et les prêtres. L’état des enfants est triste. Depuis deux mois, ils reçoivent la nourriture au moins une fois tous les jours. Imaginez dans quelles conditions, on les a trouvés. Et dans quelles conditions, on va trouver les enfants dans la brousse. Il n’y a aucun doute qu’on doit faire arriver [l’aide] surtout dans les régions rurales, [où elle n’est pas encore arrivée]. On doit faire arriver la première aide la plus urgente. Mais parallèlement-ça c’était évident dans mes rencontres avec les humanitaires qui sont déjà sur place, il faut s’occuper du futur immédiat parce que les cultivateurs ne travaillent pas les champs pour une troisième année consécutive, on aurait une famine comme jamais cette région n’en avait connue.

Est-ce que l’Eglise catholique va participer à la réponse humanitaire dans la région

Nous participons déjà à la réponse humanitaire. Les cinq centres de nutrition que j’ai visités sont financés directement par le Saint Père depuis trois mois. Le Saint Père m’a promis de convoquer le secrétariat en charge des urgences humanitaires et Caritas International afin qu’ils élaborent un plan d’assistance humanitaire et de développement spécial pour le Kasaï. Il y aura un appel particulier.

Pendant la crise au Kasaï, le pape François a souvent pris la parole pour appeler à la paix. Qu’est-ce qu’il a pensé de ces violences ?

J’ai longuement parlé avec le Saint Père. Pensez que la dernière que nous nous sommes réunis, il était en train de recevoir Trump [le président américain]. Mais, il m’a réservé une heure pour parler du Congo. C’est pour vous dire jusqu’à quel point il est intéressé [par la question]. Il est attristé par une certaine distance que l’on perçoit entre la classe politique et son peuple. Ce n’est pas une critique qu’on peut faire seulement à l’Etat. L’Etat [congolais] a une tradition d’Etat prédateur de son peuple.

Pour une chose concrète, pourquoi le pape a parlé plus que la classe dirigeante Kasaïenne sur le problème du Kasaï ?

Pourquoi le pape doit appeler à sauver les enfants, alors que je n’ai pas senti la classe dirigeante Kasaïenne de n’importe quel parti s’engager dans un cri qui pouvait mobiliser la solidarité du Congolais qui s’est mobilisé pour les autres crises du pays? Ça nous étonne. Et nous exhortons, à changer d’attitude, la classe dirigeante Kasaïenne et même le gouvernement !

Pourquoi le pape François a annulé la visite qu’il comptait effectuer en RDC ?

Je pense que tout le monde comprend. Le pape voulait venir. Le Saint Siège a dit clairement aux autorités congolaises qu’il est en faveur des élections [en RDC] qui sont établies par sa constitution.

Donc, le pape conditionne sa venue par l’organisation des élections ?

Evidemment. Je l’ai déjà dit en public de façon élégante. Vous me le demandez de [le faire] très précisément. Mais, je l’ai déjà dit. Et le gouvernement connait parfaitement notre position. Ce n’est pas qu’il conditionne parce que pour venir, il faut une invitation. Pour venir, il faut une concertation pour préparer la venue. On n’est même pas avancé l’hypothèse de la venue.

Le gouvernement nous avait dit qu’il serait content de la venue du Saint Père. C’était l’une de premières choses que le président Kabila m’a dites quand je lui ai présenté ma lettre de créance [en 2015]. [Il m’a demandé] quand va venir le pape. Avec une boutade, j’ai répondu : quand vous allez finir le dialogue congolais. C’est toujours clair pour nous. Et ce n’est un mystère pour aucune instance du gouvernement. On ne cache rien. Quand il y aura élection, on sera sûr qu’il y aura les conditions d’une pacification du pays. Avant ça, [il y a] risque de manipulation, d’exploitation de la visite du Saint Père. Soit pour dire qu’il appuie la continuation du gouvernement illégitime. Soit pour ceux qui […] espèrent expulser le régime en fonction des mouvements populaires.

Le 20/05/2016 à Kinshasa. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

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